Pauline

Nathalie Rykiel : l’hymne à l’amour maternel

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : dimanche 23 juillet 2017 09:07 Affichages : 402

rykielPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Le 25 aout 2016, le monde de la mode pleure celle qu’il avait surnommé « la reine du tricot ». Au terme d’un combat avec la maladie, Sonia Rykiel s’en allait à jamais- elle avait 86 ans. Quelques jours plus tard, le 1er septembre, la grande foule assistait à son dernier voyage, cimetière du Montparnasse à Paris. C’est l’ouverture d’« Ecoute-moi bien », le livre émouvant, bouleversant d’amour de sa fille Nathalie Rykiel. «  Tu as vu / Tu les as vus / Tu as entendu / Tu as bien entendu (…) Tu as senti cet amour admiration respect que tu inspires, cette merveillosité que tu es / Tu es contente, / Tu es… dépassée ? »- premiers mots, première page d’un texte d’une sincérité aussi belle que rare, d’une violence implacable. Découpé en trois séquences (« Avant », « Maintenant », « Après »), le livre raconte Sonia- une mère, l’héroïne de Nathalie- une enfant, sa fille, devenue femme. « Mon sujet, ce n’est pas toi, c’est nous, écrit Nathalie Rykiel. Ce que tu as fait de moi. Ce que je t’ai laissé faire de moi. Ce que j’ai fait de moi. Avec bonheur, avec douleur. Comment je t’ai laissé me bouffer et t’installer aux premières loges de ma vie. Et moi qui ai toujours été au « front-row » de la tienne. Tu es bien installée ? Alors, on y va. Ecoute-moi bien… »

En moins de 150 pages, soit un texte rapide, rythmé et nerveux, ce n’est pas un témoignage sur le microcosme de la mode. « Ecoute-bien moi », c’est un texte sur la relation (qui connut ses périodes de beau fixe, de nuageux, d’orageux) d’une mère et sa fille, c’est aussi le portrait d’une créatrice qui a révolutionné le prêt-à-porter, sur des questions sur la liberté des femmes et encore sur l’idée de la transmission. Sur la maladie, aussi- et ses ravages : « A l’intérieur tes organes te serrent. Ton corps te gêne. Il se rétrécit, se rétracte. Tu es empêchée. Envoutée. Quand tu peux, tu déchiffres : ‘’Une prison dedans’’ ». Nathalie Rykiel a écrit là son quatrième livre- certainement, le plus intime, le plus intense. Un livre qu’elle a lu à haute voix à son frère Jean-Philippe, musicien aveugle. Oui, Nathalie a aimé sa mère- profondément, follement… « Ma plus belle histoire d’amour », a confié la fille, évoquant sa mère dans un entretien à un hebdo féminin - et d’ajouter : « Après la mort de ma mère, je me suis enfermée dans mon appartement plusieurs mois, sans sortir, sauf pour aller sur sa tombe ou pour monter chez elle, nous habitions le même immeuble. Dix-neuf marches nous séparaient. Alors que j'avais l'habitude de toujours lui apporter un carnet, un coussin, un dessert, un cadeau, ce sont mes mains vides qui m'ont dit qu'elle était vraiment morte. Mais écrire, c'était encore lui parler ».
Dans ces pages, en creux, toujours la même question : comment se construit-on aux côtés, voire dans l’ombre d’une mère aussi étourdissante ? peut-on, pour le moins, se contruire ? Nathalie Rykiel a été mannequin, présidé le groupe Sonia Rykiel, et elle écrit. Son éditeur est catégorique : « Nathalie qui aime tant la littérature se métamorphose définitivement en écrivain. Elle avait le sens des images, elle a ici le rythme naturel des mots ». Avec « Ecoute-moi bien », elle a écrit ce qu’Albert Cohen appelait « le livre de sa mère ». A 61 ans, consultante pour le groupe Sonia Rykiel, elle assure croire en elle. Et en la liberté, cette liberté enseignée, inculquée par sa mère et qui permet de ne rien s’interdire. Derniers mots de ce livre, de ce chant d’amour à la mère : « Je suis debout »…

Ecoute-moi bien
Auteurs : Nathalie Rykiel
Editions : Stock
Parution : 10 mai 2017
Prix : 17 euros